
Sharbat Gula, du voile rouge au portrait bleu
Elle n'a jamais vu la photo qui l'a rendue célèbre. Pas avant 2002. Ce visage, des millions de personnes le connaissent sans connaître son nom. Je l'ai peint une première fois il y a quelques années, avec un voile rouge. Puis on m'a demandé de le repeindre, en bleu. Voici son histoire, et celle de ce portrait.
1984 : un regard dans un camp de réfugiés
En 1984, elle a environ 12 ans. Elle vit dans le camp de réfugiés de Nasir Bagh, au Pakistan, après avoir fui la guerre en Afghanistan. Un photographe américain, Steve McCurry, entre dans une école du camp. Il la remarque, la photographie quelques secondes… et repart.
En juin 1985, son visage fait la couverture du National Geographic. Le monde entier l'appelle « la petite Afghane ». Personne ne connaît son nom. C'est ce qui me fascine : une image qui fait le tour de la planète, et une femme qui reste anonyme.
17 ans de recherche, et un nom enfin retrouvé
Pendant 17 ans, McCurry la cherche. En 2002, il la retrouve enfin dans un village d'Afghanistan. Pour être certain que c'est bien elle, on compare ses iris à ceux de la photo. Elle s'appelle Sharbat Gula. Et c'est à ce moment-là qu'elle découvre la photo pour la première fois.
Son histoire ne s'arrête pas là. En 2016, elle est arrêtée au Pakistan pour de faux papiers, puis expulsée vers l'Afghanistan. En 2021, l'Italie l'accueille.
Le premier portrait : Sharbat au voile rouge

Mon premier portrait de Sharbat Gula reprend le rouge du voile, celui qui a marqué la photo originale. Je l'ai réalisé il y a quelques années. Le regard au centre, le visage fragmenté en touches de couleur chair, et ce rouge qui encadre tout. C'est ce tableau qui a ensuite donné naissance à la version bleue.
L'aluminium : une matière qui vit avec la lumière
Je peins mes portraits contemporains sur aluminium. Contrairement à une toile, le métal n'absorbe pas la lumière : il la renvoie. Là où je laisse l'aluminium brut, la surface change selon l'heure, l'angle et l'éclairage de la pièce. Le portrait n'est jamais tout à fait le même d'un moment à l'autre. C'est aussi un travail sans repentir possible : chaque touche posée sur le métal reste visible.
Les étapes du portrait bleu, à l'atelier
1. Préparer la plaque. Avant la première couleur, je délimite les zones au ruban de masquage. Ce qui restera en métal nu se décide dès ici.

2. L'esquisse. Je pose les grandes lignes du visage au marqueur Posca, directement sur la surface.

3. Les premières touches sur le métal. Le pinceau attaque l'aluminium brut. Les premiers aplats donnent le rythme du visage.

4. Le visage se construit. Touche après touche, le visage se fragmente en petits carrés couleur chair, ponctués de turquoise, comme une mémoire qui se recompose.

5. La chevelure bleue. Là où le premier tableau portait le rouge, celui-ci part en grands gestes bleus et turquoise, tirés à la brosse plate sur le métal.


6. Le regard. Je termine toujours par les yeux. Une dernière touche de lumière, et le portrait vous regarde.


Une commande personnalisée : Sharbat, version bleue
La version bleue est une commande personnalisée. Elle est née du portrait au voile rouge : le même visage, le même regard, réinterprétés en bleu. J'ai gardé la construction du premier tableau, et j'ai tout repensé autour.
Passer du rouge au bleu change tout. Le rouge du premier tableau parle d'urgence, de l'exil, de la photo qui a fait le tour du monde. Le bleu apaise. Il rappelle la lumière du Sud, et il se marie avec le gris de l'aluminium. Le même regard, mais une autre émotion : c'est ce que permet une réinterprétation sur commande, quand on part d'une œuvre existante pour en faire une pièce personnelle.

C'est ce que j'aime dans les portraits sur commande : partir d'une histoire, d'un visage, d'une envie, et en faire une pièce unique qui n'existe nulle part ailleurs.
Votre portrait, à votre image
Vous avez un visage en tête, celui d'un proche, d'une personne qui vous inspire, ou d'une œuvre que vous aimeriez voir réinterprétée ? Chaque portrait personnalisé commence par une conversation. Découvrez comment ça se passe dans Your Portrait, ou écrivez-moi directement pour en parler. Pour voir d'autres pièces sur aluminium, parcourez aussi les Œuvres Signatures.
David Djiango — portraits contemporains sur aluminium, Côte d'Azur.
Sources des faits : National Geographic, couverture de juin 1985 ; récits publics de la recherche de Steve McCurry (2002) ; presse internationale 2016 et 2021.


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