
Histoire du bleu : mes recherches pour BLUE, ma prochaine exposition
Je prépare BLUE, ma prochaine exposition. Avant de peindre les portraits qui la composeront, j'ai voulu comprendre la couleur avec laquelle je travaille depuis des années. Le bleu me rappelle le Sud, et le gris de l'aluminium me rappelle mes études à Paris. Mais derrière cette réponse personnelle, il y a une histoire de plus de 4 500 ans, faite de pierres rares, d'accidents de laboratoire et de peintres obsédés. Voici les histoires qui nourrissent mes recherches.
Photos de la soirée de Cannes : @gaelsimon_
Au départ, une couleur sans nom
Ce qui m'a frappé en premier : le bleu n'a pas toujours existé dans les mots. Chez Homère, la mer est « couleur de vin », et le grec ancien n'a pas de terme courant pour le bleu tel que nous l'entendons. Une couleur qu'on ne nommait pas, et qui est devenue l'une des plus aimées : c'est ce paradoxe qui ouvre mes recherches.
Le bleu égyptien, premier pigment fabriqué par l'homme
Il y a environ 4 500 ans, les Égyptiens fabriquent un bleu en chauffant du sable, du cuivre et du calcaire. Le bleu égyptien est considéré comme le premier pigment synthétique de l'histoire. Pour moi qui peins sur du métal, l'idée d'un bleu né du cuivre et du feu a quelque chose d'évident.
Le lapis-lazuli, une pierre venue de l'autre bout du monde
Le plus beau bleu des peintres anciens vient d'une pierre : le lapis-lazuli, extrait depuis des millénaires dans les montagnes du Badakhshan, en Afghanistan. Il traversait les mers pour arriver à Venise, d'où son nom d'« outremer ». Broyer la pierre ne suffit pas : il faut une longue extraction pour isoler le bleu, ce qui explique son prix.

Lapis-lazuli brut. Photo : Hannes Grobe, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.5
Plus cher que l'or : le manteau de la Vierge
Au Moyen Âge et à la Renaissance, l'outremer coûte parfois plus cher que l'or. Vers 1400, le peintre Cennino Cennini le décrit comme une couleur noble, belle et parfaite au-delà de toutes les autres. Les commanditaires précisent même dans les contrats la qualité du bleu à utiliser, et on le réserve souvent au manteau de la Vierge. Le bleu devient la couleur du rare et du sacré.

Sassoferrato, La Vierge en prière, 1640-1650. Domaine public, via Wikimedia Commons
Titien : un ciel entier en outremer
Pour Bacchus et Ariane (1520-1523), aujourd'hui à la National Gallery de Londres, Titien ose un ciel immense peint à l'outremer. Utiliser autant de la couleur la plus chère, c'était une démonstration de puissance. Quand je regarde ce ciel, je pense à mes fonds : le bleu n'est pas un décor, il porte la scène.

Titien, Bacchus et Ariane, 1520-1523, National Gallery, Londres. Domaine public, via Wikimedia Commons / Google Art Project
Vermeer, le turban bleu de la Jeune Fille à la perle
Vers 1665, Vermeer peint la Jeune Fille à la perle, conservée au Mauritshuis de La Haye. Les analyses du musée ont confirmé que son turban est peint à l'outremer naturel, malgré le prix de ce pigment. Un portrait, un regard, et du bleu : c'est peut-être le tableau qui ressemble le plus à ce que je cherche pour BLUE.

Johannes Vermeer, Jeune Fille à la perle, vers 1665, Mauritshuis, La Haye. Domaine public, via Wikimedia Commons
Indigo et pastel : le bleu des tissus
Pendant que les peintres se ruinent en lapis, le bleu des étoffes vient des plantes. En France, la culture du pastel fait la fortune de la région de Toulouse aux XVe et XVIe siècles, au point qu'on parle de « pays de Cocagne », du nom des boules de pastel séché. Puis l'indigo, importé d'Asie et des Amériques, finit par le remplacer. Le bleu entre dans les vêtements de tous les jours.

Pain d'indigo. Photo : Picsel, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Image d'ambiance générée, sans personne ni œuvre
1704 : le bleu de Prusse, né d'un accident
Vers 1704, à Berlin, le fabricant de couleurs Diesbach veut produire un rouge. Une potasse contaminée lui donne… un bleu intense. Le bleu de Prusse devient l'un des premiers pigments modernes, bon marché et puissant. Puis, en 1828, le Français Jean-Baptiste Guimet remporte le prix promis à qui fabriquerait un outremer artificiel. Le bleu cesse d'être un luxe et entre dans toutes les palettes.
Hokusai et la Grande Vague
Le bleu de Prusse voyage jusqu'au Japon. Vers 1831, Hokusai l'utilise pour La Grande Vague de Kanagawa, l'estampe sans doute la plus célèbre au monde. Un pigment né par erreur à Berlin qui devient l'image même de la mer : j'aime ce genre de trajectoire.

Katsushika Hokusai, La Grande Vague de Kanagawa, vers 1831, Metropolitan Museum of Art. Domaine public, via Wikimedia Commons
Picasso, le bleu de la tristesse
Entre 1901 et 1904, Picasso traverse sa période bleue, après le suicide de son ami Carlos Casagemas. Il peint des figures amaigries, presque entièrement en bleu. Le bleu n'est plus seulement précieux ou sacré : il devient une émotion. C'est aussi ce que je veux faire passer dans mes visages.
Nice, la Côte d'Azur, Matisse, Chagall et Klein
Cette histoire passe aussi par chez moi. En 1887, l'écrivain Stéphen Liégeard baptise ce littoral « Côte d'Azur ». Matisse s'installe à Nice à partir de la fin des années 1910 et y découpe ses Nus bleus en 1952. Au musée Marc Chagall de Nice, inauguré en 1973, les vitraux de l'auditorium racontent la Création du monde en bleu. Et sur la plage de Nice, selon une anecdote célèbre, le jeune Yves Klein se partage le monde avec ses amis Arman et Claude Pascal : lui choisit le ciel. En 1960, il protège sa formule par une enveloppe Soleau : c'est l'IKB, International Klein Blue.
2009 : un bleu découvert par hasard
En 2009, à l'université d'État de l'Oregon, l'équipe du chimiste Mas Subramanian découvre par hasard un nouveau pigment bleu en travaillant sur des matériaux pour l'électronique : le YInMn, pour yttrium, indium et manganèse. Plus de quatre millénaires après l'Égypte, on invente encore du bleu. Cette couleur est toujours en mouvement.

Pigment YInMn. Photo : Mas Subramanian, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Ce que ces recherches changent pour BLUE
Dans BLUE, je pose ce bleu sur ce qui brille : l'aluminium à l'atelier, le papier argenté comme à Cannes. Le gris de la plaque reste visible par endroits et fait partie de l'œuvre. Des bleus sacrés de la Renaissance au bleu émotion de Picasso, en passant par le ciel de Klein au-dessus de Nice, c'est ce dialogue entre la couleur du Sud et la matière de Paris que je veux montrer. Vous pouvez déjà voir ce qu'il donne dans le portrait bleu de Sharbat Gula sur aluminium.

Le 28 octobre, sur la Croisette, j'ai fait un premier essai en public : un portrait bleu sur feuille argentée, aux côtés de Laurence Jenkell. Je raconte la soirée dans Jenkell x Djiango : live painting sur la Croisette.

BLUE : lieu et date bientôt révélés
Le lieu et la date de BLUE seront annoncés prochainement. En attendant, découvrez pourquoi BLUE est une exposition de portraits en bleu sur aluminium. Une question, une envie de suivre l'exposition ? Contactez-moi.
English summary
To prepare BLUE, his next exhibition, French painter Djiango is researching the history of blue: a colour Homer never named, Egyptian blue as the first manufactured pigment, ultramarine from Afghan lapis lazuli once worth more than gold, the Virgin's mantle, Titian's sky and Vermeer's turban, woad and indigo, Prussian blue born by accident around 1704 and used in Hokusai's Great Wave, Picasso's Blue Period, Matisse, Chagall and Klein's IKB on the Riviera, and YInMn, discovered in 2009. BLUE's venue and date will be revealed soon.


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